un économiste alerte contre la non-restructuration de la dette

Le Sénégal s’expose à un danger financier majeur en écartant l’option d’une restructuration de sa dette publique. C’est l’avertissement lancé par Amath Ndiaye, professeur d’économie à l’Université Cheikh Anta Diop de Dakar, qui estime que la trajectoire actuelle des finances publiques est devenue difficilement soutenable.

« Le risque principal est énorme : celui d’entrer dans une spirale où l’État refinance une dette déjà chère à des taux encore plus chers », prévient l’économiste dans un entretien avec « Le Point ». Selon lui, refuser d’anticiper une restructuration pourrait conduire à terme à « un défaut désordonné, bien plus coûteuxéconomiquement et socialement qu’une restructuration ordonnée ».

D’après les chiffres avancés par l’expert, la situation du Sénégal est aujourd’hui plus préoccupante que celle de plusieurs pays africains au moment où ils ont été contraints de restructurer leur dette.

« Le Sénégal est actuellement plus endetté que le Ghana (environ 86% du PIB en 2022) et la Zambie (autour de 100 % en 2020) ne l’étaient lorsqu’ils ont engagé leur restructuration », souligne Amath Ndiaye, évoquant une zone de vulnérabilité avancée.L’économiste et enseignant à l’Université Cheikh Anta Diop (UCAD) a également attiré l’attention sur le poids croissant du service de la dette dans le budget de l’État. « Plus d’un quart des recettes fiscales du Sénégal sert uniquement à payer les intérêts de la dette », indique-t-il, une situation qui réduit fortement la capacité du pays à financer les dépenses sociales et les investissements productifs. « Cela étouffe l’économie et assèche les marges de manœuvre budgétaires », insiste-t-il.

Selon le Pr Amath Ndiaye, le maintien du statu quo accentue les risques, dans un contexte où les besoins de financement restent élevés et où l’accès aux marchés devient de plus en plus coûteux.« Ne pas restructurer aujourd’hui, c’est accepter de payer plus cher demain », avertit-il, estimant qu’une restructuration anticipée permettrait au contraire de soulager la trésorerie de l’État et d’améliorer la soutenabilité de la dette à moyen terme.

Sur la question d’un accompagnement international, l’économiste rappelle sur « Le Point », que « coopérer avec le Fonds monétaire international (FMI) n’est jamais une obligation, mais un choix souverain », appelant les autorités à privilégier une stratégie maîtrisée et transparente.

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